Signé Uwe Rosenberg — l'un des grands maîtres du jeu de société moderne, à qui l'on doit notamment Agricola et Le Havre —, A Feast for Odin est paru en 2016 et plonge les joueurs au cœur de la civilisation viking dans toute sa complexité historique. Bien au-delà des clichés de pillards casqués, l'univers convoqué ici rend hommage à des peuples qui furent tout à la fois explorateurs, marchands, agriculteurs et bâtisseurs d'États, contraints à l'expansion autant par l'aventure que par la nécessité de survivre à des récoltes difficiles.
Chaque partie se déroule sur plusieurs années rythmées par une mécanique de placement d'ouvriers d'une générosité rare : pas moins de 61 actions différentes sont disponibles sur le plateau central, réparties en colonnes dont l'accès exige un nombre croissant de Vikings mais offre en retour des effets proportionnellement plus puissants. L'autre grande originalité du jeu repose sur la couverture de tuiles : votre hall principal affiche d'emblée un déficit de 86 points qu'il faut combler en y disposant habilement des tuiles de ressources, tandis que colonies insulaires et grandes salles promettent de belles récompenses… assorties de leurs propres pénalités. Raids, élevage, artisanat, commerce — les voies vers la victoire sont nombreuses, et chaque décision implique de mesurer risques et bénéfices avec soin.
Prévu pour une à quatre personnes dès 12 ans, avec des parties oscillant généralement entre une et deux heures, ce titre s'adresse avant tout aux joueurs expérimentés en quête d'une expérience profonde et stratégique. Sa complexité élevée en fait un monument de l'euro-game, régulièrement cité parmi les meilleurs jeux de société au monde, et il constitue sans doute l'œuvre la plus ambitieuse de son auteur. Un investissement exigeant, mais dont la richesse et la cohérence thématique récompensent largement ceux qui s'y consacrent pleinement.