Signé Dan Cassar et paru en 2015, Arboretum est un jeu de cartes qui invite les joueurs à composer de magnifiques allées arborées en assemblant, les unes après les autres, dix espèces d'arbres aux teintes distinctes. L'univers botanique et serein qui s'en dégage contraste avec la tension stratégique qui s'installe très vite autour de la table — une dualité qui fait tout le charme de ce titre.
Le cœur du jeu repose sur un équilibre redoutablement délicat entre ce que l'on pose devant soi et ce que l'on garde en main. À chaque tour, on pioche deux cartes, on en place une pour prolonger son jardin, et l'on se débarrasse d'une troisième dans sa défausse personnelle. En apparence simple, ce mécanisme révèle rapidement sa profondeur : les cartes tenues en main ne servent pas seulement à enrichir son arboretum, elles déterminent aussi qui aura le droit de marquer chaque couleur en fin de partie. Seul le joueur possédant la plus haute somme de cartes d'une couleur donnée peut scorer les chemins de cette teinte — à condition d'avoir construit des séquences de valeurs croissantes, en commençant et en terminant par cette même espèce d'arbre. Chaque carte confiée à la défausse est donc une décision lourde de conséquences, susceptible d'offrir à un adversaire l'avantage décisif.
Arboretum se joue de deux à quatre participants, dès huit ans, pour des parties d'une petite demi-heure. Sa gestion de main intuitive en fait une excellente porte d'entrée vers les jeux de stratégie intermédiaires, tout en offrant assez de mordant pour séduire des joueurs plus aguerris. L'expérience est tendue, cérébrale sans être austère, et la beauté graphique des cartes contribue à créer une atmosphère apaisante qui tranche agréablement avec la rivalité feutrée qui s'y déroule.