Signé Christophe Boelinger et paru en 2012, Archipelago plonge les joueurs dans la grande époque de l'exploration renaissante : chaque participant incarne une puissance européenne lancée à la conquête d'un archipel du Pacifique ou des Caraïbes. L'ambition du designer était claire — concevoir un jeu de gestion économique à l'allemande, mais en y injectant ce qui manque souvent à ce genre : un thème incarné et une interaction forte entre joueurs. Le résultat est un titre exigeant, dense, qui assume pleinement sa profondeur.
Au fil de la partie, les joueurs explorent de nouveaux territoires, récoltent des ressources et les écoulent sur des marchés internes ou exportent vers l'Europe pour engranger des profits. Construire ports, marchés, villes et temples ne suffit pas : il faut aussi négocier, conclure des alliances… et parfois les trahir. Chaque joueur poursuit un objectif secret et tente simultanément de démasquer celui de ses adversaires pour en tirer parti. L'originalité majeure du jeu réside dans sa mécanique de tension collective : les populations autochtones ont leurs propres besoins, et si leur mécontentement ou leur oisiveté atteint un seuil critique, elles se soulèvent et déclarent leur indépendance — provoquant une défaite immédiate pour tous. La coopération forcée, même entre rivaux, est donc une nécessité permanente.
Archipelago s'adresse clairement à un public de joueurs experts, à partir de 14 ans, capables d'assumer une règle riche et des parties pouvant s'étirer de trente minutes à quatre heures selon le scénario d'objectifs choisi — court, moyen ou long. Pour deux à cinq participants, il offre une expérience rare mêlant gestion, exploration, spéculation et négociation tendue, dans laquelle la diplomatie peut basculer à tout moment en trahison. Une proposition ambitieuse et singulière dans le paysage ludique.