Imaginé par Michael Kiesling et sorti en 2017, ce jeu de stratégie abstraite plonge les joueurs dans l'Europe de la Renaissance, entre influences mauresques et splendeurs portugaises. L'histoire raconte que le roi Manuel Ier, subjugué par les céramiques ornementales de l'Alhambra lors d'une visite en Espagne, ordonna aussitôt la décoration de son propre palais avec des carreaux similaires. C'est dans cet écrin historique que chaque joueur incarne un artisan chargé d'embellir les murs du palais royal d'Évora avec de splendides azulejos.
Le cœur du jeu repose sur un draft ouvert particulièrement élégant : à chaque tour, les joueurs sélectionnent à tour de rôle des tuiles colorées depuis des présentoirs communs pour les placer sur leur plateau personnel. L'enjeu est double — constituer des lignes complètes pour reporter les tuiles sur sa grille murale, tout en construisant des motifs précis qui rapportent des points bonus. Mais attention : les tuiles non utilisées viennent pénaliser le score, forçant chacun à anticiper ses choix et à contrecarrer ceux de ses adversaires. Cette tension entre optimisation personnelle et perturbation adverse confère au jeu une profondeur surprenante au regard de sa simplicité apparente.
Azul se joue à deux, trois ou quatre joueurs, dès 8 ans, pour des parties de trente à quarante-cinq minutes. Accessible aux familles comme aux amateurs de stratégie, il offre une expérience à la fois contemplative et compétitive, où chaque décision compte davantage qu'il n'y paraît. Le jeu a été récompensé par le prestigieux Spiel des Jahres en 2018, la plus haute distinction du monde ludique, consacrant une œuvre rare capable de séduire aussi bien les néophytes que les joueurs aguerris.