Signé par le duo canadien Jay Cormier et Sen-Foong Lim et publié en 2011, Belfort plonge les joueurs dans un univers de fantasy médiévale où ils s'affrontent pour bâtir et contrôler une cité pentagonale peuplée d'Elfes, de Nains et de Gnomes. L'ambiance est colorée et accessible en apparence, mais derrière le vernis enchanteur se cache un jeu de gestion redoutablement dense, issu de l'univers Tasty Minstrel.
Le cœur du jeu repose sur un placement d'ouvriers enrichi d'une mécanique de majorité de territoire. Chaque joueur envoie ses Elfes récolter du bois en forêt, ses Nains extraire de la pierre en carrière, ou les combine pour obtenir du métal depuis les mines. Ces ressources servent à ériger des bâtiments dans les cinq districts de la ville, tandis que des Gnomes sont engagés pour en exploiter les capacités spéciales. Ce qui distingue véritablement Belfort, c'est son système fiscal particulièrement malicieux : plus un joueur mène la course aux points, plus ses impôts augmentent, ce qui oblige les leaders à gérer leur avance avec parcimonie et redonne constamment des chances aux retardataires. Chaque décision — quel bâtiment construire, où placer son influence, comment équilibrer ressources et or — s'avère lourde de conséquences.
Belfort s'adresse à un public de joueurs confirmés, à partir de 12 ans, réunis à deux jusqu'à cinq autour de la table. Une partie demande en général deux heures, parfois davantage lors des premières découvertes. L'expérience est résolument stratégique et compétitive, mêlant optimisation économique, anticipation et jeu de pression sur les adversaires. Si le jeu n'a pas décroché de récompense majeure, il s'est forgé une solide réputation auprès des amateurs de city-building exigeant, qui apprécient sa profondeur de rejouabilité et l'élégance perverse de son mécanisme fiscal.