Signé Stefan Feld, l'un des maîtres incontestés du jeu de gestion allemand, Bora Bora transporte les joueurs dans un archipel tropical imaginaire aux accents polynésiens. Sorti en 2013, ce titre s'inscrit parfaitement dans la veine des « cathédrales de mécaniques » dont Feld a le secret : un habillage exotique et coloré — îles à coloniser, temples à honorer, offrandes aux dieux — au service d'un système de jeu d'une redoutable sophistication.
Le placement de dés constitue le cœur battant de l'expérience. En début de manche, chaque joueur lance trois dés, puis tous placent leurs dés à tour de rôle sur les actions disponibles (entre cinq et sept selon le nombre de participants). La subtilité est diabolique : plus le dé posé est élevé, meilleure est la version de l'action obtenue — davantage de terrains constructibles, plus de choix de personnages, un avantage accru sur la piste du temple. Mais placer un dé faible peut suffire à bloquer complètement ses adversaires, car toute action déjà couverte par un dé ne peut être empruntée qu'avec une valeur strictement inférieure. À ce jeu de tension permanente s'ajoutent des tuiles de tâches personnelles qui guident la stratégie de chacun, ainsi que des tuiles divinités offrant des actions spéciales et des entorses bienvenues aux règles.
Prévu pour deux à quatre joueurs à partir de douze ans, Bora Bora réclame entre une heure et deux heures de partie selon la configuration. Sa complexité élevée en fait clairement un jeu pour joueurs confirmés, amateurs de planification rigoureuse et de coups tordus orchestrés autour d'un simple jet de dés. Loin du hasard pur, c'est une invitation à anticiper, à lire le plateau et à contrecarrer ses adversaires avec élégance — une expérience dense et profondément satisfaisante pour qui apprécie les défis cérébraux.