Signé par le designer tchèque Matúš Kotry et édité en France par Iello, ce jeu de déduction et d'alchimie fantastique sorti en 2014 plonge les joueurs dans une académie mystérieuse où racines de mandragore, queues de scorpion et crapauds verruqueux recèlent de précieux secrets. Dans cet univers pseudo-médiéval teinté d'humour, la réputation scientifique vaut plus que l'or — et les égos d'alchimistes sont particulièrement fragiles.
Le cœur du jeu repose sur une déduction logique d'une rare sophistication, assistée par une application mobile qui redéfinit aléatoirement les règles de l'alchimie à chaque partie. Les joueurs mélangent des ingrédients, observent les résultats, et tentent d'en inférer les propriétés cachées pour publier des théories — les bonnes, si possible. Chaque manche débute par un choix d'ordre du tour astucieux : jouer tôt coûte des ressources, jouer tard rapporte des bonus. Les cubes d'action s'accumulent sur les espaces de jeu, on vend des potions d'efficacité douteuse à des aventuriers crédules, on investit dans de puissants artefacts magiques, et surtout, on publie — quitte à bluffer sur la solidité de ses théories. La révélation finale, où l'application dévoile la vérité alchimique, est à la fois redoutée et jouissive.
Alchemists s'adresse clairement à un public de joueurs experts, à l'aise avec des mécaniques denses mêlant gestion d'actions, enchères contraintes et déduction pure. Prévu pour deux à quatre participants dès douze ans, il nécessite en réalité une bonne maturité ludique et environ deux heures de jeu intense. L'expérience mêle tension intellectuelle, bluff assumé et moments hilarants lorsqu'une théorie publiée en grande pompe s'avère totalement fausse. Un titre ambitieux et original, salué par la critique internationale, qui reste une référence incontournable du genre.