Signé par Wolfgang Kramer et Richard Ulrich et paru au milieu des années 1990, El Grande est rapidement devenu une référence incontournable du jeu de stratégie moderne. L'action se déroule dans l'Espagne médiévale, où le pouvoir royal s'effrite et où de puissants seigneurs — les Grandes — cherchent à étendre leur influence sur les différentes régions du royaume. L'atmosphère est celle d'une lutte feutrée pour la domination territoriale, menée avec autant de calcul que d'opportunisme.
À chaque manche, les joueurs choisissent l'une de leurs treize cartes de puissance pour déterminer l'ordre du tour et le nombre de caballeros — leurs chevaliers — qu'ils peuvent recruter dans leur réserve personnelle. Vient ensuite le cœur du jeu : sélectionner l'une des cinq cartes d'action disponibles, qui définissent combien de caballeros déployer sur le plateau et dans quelles régions. La contrainte principale est que seules les régions adjacentes à celle du roi sont accessibles — sauf à déplacer le roi lui-même. Une mécanique particulièrement savoureuse est le castillo, une tour opaque dans laquelle on peut discrètement placer ses pièces avant de les révéler lors du décompte : une dose de bluff et de tension qui pimente chaque fin de cycle. Les points sont comptés tous les trois tours, sur neuf manches au total.
El Grande s'adresse à des joueurs à partir de douze ans, pour des parties de une à deux heures réunissant deux à cinq participants — bien que l'expérience soit nettement plus riche à quatre ou cinq. Le jeu offre une profondeur stratégique réelle sans jamais verser dans la complexité excessive, ce qui en fait un excellent représentant du jeu d'influence à l'européenne. Couronné du prestigieux Spiel des Jahres en 1996, il demeure, trente ans après sa sortie, une pièce maîtresse de toute ludothèque sérieuse.