Derrière Etherfields se cache la plume de Michał Oracz, designer connu pour ses univers sombres et labyrinthiques. Paru en 2020, ce jeu coopératif plonge ses participants dans un monde onirique aussi fascinant qu'inquiétant : le Dreamworld, un espace dreamscape aux contours flottants où chaque rêve recèle ses propres secrets, ses propres règles, et parfois ses propres cauchemars. L'ambiance visuelle, portée par des figurines somptueuses, oscille entre le surréalisme contemplatif et l'étrangeté perturbante — exactement comme ces rêves dont on ne parvient pas à se souvenir au réveil.
Le cœur du jeu repose sur une campagne narrative entièrement coopérative, dans laquelle les joueurs incarnent des Rêveurs aux passés oubliés, envoyés dans ce monde pour une mission qu'ils doivent eux-mêmes reconstituer. Chaque session dévoile de nouveaux pans de l'histoire à travers l'exploration d'un plateau modulaire, des affrontements tactiques et, surtout, des énigmes dignes d'un escape room : observer une image, trouver un lien caché entre plusieurs indices, faire confiance à son instinct autant qu'à sa logique. Ce qui distingue véritablement le titre, c'est son approche du deckbuilding généralisé — non seulement les joueurs font évoluer leurs propres decks, mais presque chaque paquet de cartes du jeu se transforme au fil de la campagne, y compris ceux qui gèrent les ennemis et l'environnement.
Prévu pour une à quatre personnes dès 12 ans, une session s'étend généralement entre une heure et demie et trois heures, selon la densité du rêve exploré. Il s'adresse clairement à un public de joueurs expérimentés, à l'aise avec une complexité croissante — les règles s'enrichissent progressivement, pouvant parfois bouleverser ce que l'on croyait acquis. L'expérience globale est celle d'une aventure immersive et cérébrale, quelque part entre le jeu de rôle, le jeu de plateau narratif et la réflexion collective : idéale pour ceux qui aiment que leurs soirées jeux laissent une empreinte durable.