Né de l'imagination de Jeroen Doumen et Joris Wiersinga, le duo fondateur du studio Splotter Spellen, ce jeu de gestion économique plonge ses participants au cœur de l'archipel indonésien. Entre les plantations de caoutchouc de Sumatra, les épices des îles lointaines et les villes en plein essor de Java, l'atmosphère de ce titre paru au milieu des années 2000 restitue avec une précision presque brutale la logique impitoyable du capitalisme colonial et industriel.
Le cœur du jeu repose sur la construction d'un empire économique articulé autour de deux piliers indissociables : les sociétés de production, qui génèrent riz, épices, caoutchouc, pétrole ou plats préparés, et les compagnies maritimes, seules capables d'acheminer ces marchandises vers des cités dont les besoins grandissent au fil des livraisons. Les joueurs enchérissent pour acquérir ou fusionner des entreprises, parfois en absorbant celles de leurs adversaires, et construisent des réseaux de routes maritimes dont le contrôle peut renverser une situation en quelques tours. La partie se déroule sur trois ères successives, chacune apportant de nouvelles villes et de nouveaux types de biens, tandis que les fortunes restent secrètes — ce qui entretient une tension permanente jusqu'au décompte final. Détail décisif : les gains de la dernière phase d'exploitation comptent double, rendant le timing absolument crucial.
Prévu pour deux à cinq joueurs à partir de quatorze ans, ce mastodonte nécessite trois à quatre heures de jeu intense et s'adresse résolument aux amateurs de stratégie expert, ceux qui n'ont pas peur d'une courbe d'apprentissage raide et d'interactions économiques particulièrement aiguisées. Chaque décision — payer trop cher une fusion, laisser un concurrent monopoliser le transport maritime — peut s'avérer fatale. Une expérience dense, exigeante et profondément gratifiante, considérée par les connaisseurs comme l'un des grands jeux économiques de sa génération.