Signé par Michael Keller et Andreas Odendahl et paru en 2014, ce jeu de gestion agricole nous plonge dans la campagne majorquine, au bord de l'étang d'Alpich, non loin du village d'Esporles. Chaque joueur y incarne un paysan ambitieux qui rêve de faire de son domaine la ferme la plus prospère et la plus réputée de l'île — celle qui méritera le titre prestigieux de La Granja. L'univers méditerranéen, lumineux et authentique, tranche agréablement avec les thèmes nordiques ou fantastiques qui peuplent habituellement les jeux de ce niveau de complexité.
Au fil de six grandes rondes, les joueurs développent leur exploitation en y ajoutant des champs, des extensions, des étals de marché et des aides agricoles, le tout à partir d'une gestion de cartes particulièrement riche. Chaque carte peut en effet être jouée de quatre façons différentes selon la position où elle est placée, ce qui démultiplie les possibilités stratégiques. Les dés introduisent quant à eux une dose d'incertitude salutaire sur les événements de la partie : il ne suffit pas d'optimiser sa propre ferme, il faut aussi surveiller ses adversaires, manœuvrer l'ordre du tour et acheminer ses marchandises vers le village avant que les concurrents ne saturent les pistes de livraison. La planification à long terme est indispensable, mais savoir s'adapter reste tout aussi crucial.
La Granja s'adresse à des joueurs aguerris, à partir de 12 ans, qui ne craignent pas une complexité affichée et une courbe d'apprentissage exigeante. Prévu pour une à quatre personnes, il se joue en quatre-vingt-dix minutes à deux heures environ. L'expérience est typiquement celle d'un euro-game dense et satisfaisant, où chaque décision compte et où la victoire se construit patiemment, loin de tout hasard grossier. Un titre de référence pour les amateurs de jeux de gestion économique qui cherchent profondeur et rejouabilité.