Signé par le duo allemand Inka et Markus Brand et édité en France par Gigamic, Village plonge les joueurs dans la vie rude mais riche d'un bourg médiéval. Chaque participant y incarne une famille qui cherche à se distinguer à travers les générations : en envoyant ses membres faire carrière à l'église, au conseil municipal, dans l'artisanat ou vers des contrées lointaines. L'atmosphère est celle d'un Moyen Âge sobre et authentique, porté par une thématique rarement aussi bien intégrée aux mécaniques.
Le cœur du jeu repose sur un mécanisme de placement d'ouvriers singulièrement élégant : à son tour, chaque joueur s'empare d'un cube coloré sur le plateau et déclenche aussitôt l'action de la zone où il l'a pris. Le plateau se divise en plusieurs espaces — marché, atelier, église, conseil, routes commerciales — chacun offrant des opportunités de scoring à court, moyen ou long terme. Mais ce qui distingue vraiment Village, c'est la façon dont le temps y est traité : les membres de la famille vieillissent et meurent inévitablement. Ceux qui auront accompli suffisamment entrent dans les chroniques du village et procurent de la gloire à leur lignée ; les autres finissent dans l'anonymat du cimetière. La gestion du temps devient ainsi une contrainte stratégique à part entière, forçant des arbitrages constants et souvent douloureux.
Conçu pour deux à quatre joueurs à partir de douze ans, une partie s'étend généralement entre une heure et une heure et demie. Le titre s'adresse avant tout aux amateurs de jeux experts : sa complexité mesurée masque une profondeur tactique réelle, où chaque décision engage plusieurs tours à l'avance. L'expérience oscille entre tension froide et satisfaction narrative, celle de voir sa famille traverser les âges. Couronné du Spiel des Jahres dans sa catégorie complexe — le Kennerspiel des Jahres 2012 —, il s'impose comme une référence incontournable du genre.