Imaginé par le designer tchèque Vladimír Suchý et édité en français par Iello, ce jeu paru en 2011 vous plonge dans une situation aussi absurde que jubilatoire : votre oncle richissime vient de mourir et son testament réserve une surprise de taille. L'héritage ira non pas au plus économe de ses neveux, mais à celui qui saura dilapider sa fortune le plus vite. Restaurants hors de prix, opéras, soirées fastueuses sur yacht privé… il va falloir claquer tout son argent avec méthode et panache.
Chaque manche, les joueurs choisissent d'abord un plan d'action qui détermine leur ordre de jeu, le nombre de cartes piochées et la quantité d'actions disponibles — un arbitrage déjà cornélien. On joue ensuite des événements ponctuels, des dépenses récurrentes, des propriétés qui se dégradent heureusement avec le temps, et des aides de jeu qui décuplent l'ardoise. Le tour de force mécanique réside dans la gestion de main et le placement d'ouvriers : bien orchestrer ses serviteurs pour enchaîner les coups ruineux demande une vraie réflexion. Inviter une cavalière à l'opéra ou embarquer un ami sur son bateau coûte évidemment plus cher — et c'est tout à fait l'objectif. Celui qui se retrouve le premier sans le sou remporte l'héritage et la victoire.
Prévu pour deux à cinq joueurs à partir de 14 ans, Last Will se joue en 45 à 75 minutes, ce qui en fait une expérience accessible sans être anodine. Sa complexité intermédiaire le destine à des joueurs habitués aux jeux de gestion, tout en restant abordable grâce à son thème décalé et son humour omniprésent. L'originalité de son objectif — appauvrir ses ressources plutôt qu'en accumuler — suffit à dérouter même les vétérans et garantit des parties pleines de rebondissements savoureux.