Signé par le duo de designers portugais Nuno Bizarro Sentieiro et Paulo Soledade, et distribué en France par Iello, ce jeu plonge les joueurs dans l'histoire fascinante de l'île de Madère, découverte au début du XVe siècle par des navigateurs portugais. Son nom même — Madeira, « bois » en portugais — évoque les forêts denses qui recouvraient ce territoire fertile, devenu un véritable laboratoire pour l'empire colonial lusitanien. Du blé au sucre, puis au célèbre vin de Madère, l'île a connu une succession de mutations économiques que les joueurs sont invités à traverser et à exploiter.
Chaque partie reconstitue ce développement historique à travers une mécanique de placement d'ouvriers sur dés d'une redoutable profondeur. Les joueurs gèrent simultanément l'agriculture, l'exploitation forestière, la construction de bâtiments en ville et l'armement de navires pour commercer sur les marchés étrangers ou partir en expédition. Trois fois au cours de la partie, la Couronne du Portugal formule des exigences précises — urbanisation, routes commerciales, contrôle des guildes — et récompense en prestige ceux qui les satisfont. Mais le tempo est tout : se montrer trop tôt dilue les gains, trop tard expose au pillage des meilleures opportunités. La menace de la piraterie, la rareté du blé et la faim de la population viennent constamment perturber les plans les mieux établis.
Accessible dès 12 ans en théorie, Madeira s'adresse clairement aux joueurs aguerris, voire passionnés de jeux experts : sa complexité est parmi les plus élevées du genre, ce qui en fait une expérience dense et exigeante, parfaitement calibrée pour deux à quatre participants. Une partie dure entre une et deux heures et demie selon le nombre de joueurs et leur maîtrise des rouages. Ceux qui cherchent un jeu économique à plusieurs niveaux de décision, ancré dans un contexte historique authentique et cohérent, trouveront ici une œuvre particulièrement ambitieuse et gratifiante.