Signé par le designer Germán P. Millán et paru en 2024, ce jeu de civilisation plonge ses joueurs au cœur de l'Égypte antique, à l'époque florissante de Men-Nefer — la cité que les Grecs appelleront Memphis —, fondée aux abords du delta du Nil vers 3050 avant notre ère et qui fut longtemps la capitale la plus peuplée du monde connu. L'univers convoqué est somptueux : maisons de vie, crues du Nil, rites funéraires, divinités tutélaires et grands chantiers pyramidaux forment la toile de fond d'une expérience profondément immersive.
Le cœur du jeu repose sur une combinaison originale de placement d'ouvriers et de draft de tuiles en accès libre, mécanique qui confère à chaque tour une tension réelle entre ce que l'on convoite et ce que l'on laisse à ses adversaires. Sur trois grandes ères successives, les joueurs développent différentes facettes de la vie égyptienne : commerce fluvial, offrandes aux dieux, embaumement des nobles, érection de sphinx ou contribution aux pyramides. À chaque fin d'ère, seul le joueur ayant accumulé le plus de points de prestige tire son épingle du jeu, ce qui force à réévaluer constamment ses priorités. Une dimension spirituelle s'ajoute à l'ensemble : bien gérer son chemin terrestre pour mériter le paradis d'Aaru auprès d'Osiris n'est pas qu'une métaphore narrative, c'est une contrainte mécanique à part entière.
Men-Nefer s'adresse à un public de joueurs confirmés, voire experts — sa complexité élevée (proche de 4 sur 5) le destine à ceux qui ne reculent pas devant une règle dense et des décisions ardues. La partie réunit de un à quatre participants à partir de 14 ans, pour une durée oscillant entre une et deux heures. L'expérience est résolument compétitive, exigeante et stratégique, avec une rejouabilité soutenue grâce à la variabilité du draft. Sa note remarquable sur les classements internationaux confirme qu'il s'est rapidement imposé comme une référence du genre.