Derrière ce titre aussi évocateur qu'inquiétant se cache la dernière création de Donald X. Vaccarino, le prolifique designer américain à qui l'on doit notamment Dominion. Publié en 2025, ce jeu de cartes à la science-fiction mordante plonge les joueurs dans une course à la colonisation lunaire qui tourne très vite au cauchemar organisationnel. Les promesses d'une humanité conquérante laissent rapidement place à une gestion de crise en apesanteur.
La mécanique centrale repose sur un deck partagé que tous les joueurs contribuent à construire — et à saboter mutuellement, parfois sans le vouloir. À chaque tour, une carte est révélée : soit un temps de travail où chacun choisit simultanément une action (extraction minière, agriculture, recherche, construction), soit un événement qui vient alourdir le paquet collectif de nouvelles catastrophes — pannes électriques, fuites d'air, accidents, paperasse. Au fil des tours, ce deck enfle de problèmes et chaque nouveau brassage relance la menace d'une accumulation de crises. Les joueurs peuvent également y ajouter des cartes personnelles ou des développements collectifs, créant ainsi une mécanique d'engine-building paradoxale où l'on construit une machine qui finit inévitablement par déraper.
La partie s'achève quand une colonie est entièrement décimée ou que le deck d'événements arrive à son terme : le joueur comptant le plus de survivants l'emporte. Ce petit bijou d'ironie noire accueille de un à cinq joueurs dès quatorze ans, pour des parties de quarante-cinq minutes à une heure et demie. Malgré une complexité modérée, il offre une expérience tendue et souvent hilarante, quelque part entre jeu familial ambitieux et expérience semi-experte. Un titre qui ravira autant les amateurs de construction de moteur que les amoureux d'humour catastrophiste.