Derrière ce jeu de plateau ambitieux se cachent deux designers de renom : Simone Luciani, connu notamment pour Tzolk'in et Grand Austria Hotel, et Dávid Turczi, prolifique architecte de mécaniques complexes. Publié en 2023, Nucleum plonge les joueurs dans une Saxe du XIXe siècle revisitée, où une certaine Elsa von Frühlingsfeld a présenté au roi Frédéric Auguste II une invention stupéfiante : un moteur alimenté par l'uranium, qu'elle nomme « atomisation ». Cette uchronie steampunk-nucléaire transforme la Saxe en épicentre de la révolution industrielle européenne, entre usines voraces en énergie, lignes ferroviaires et réseaux électriques à construire à travers tout le pays.
Chaque joueur incarne un industriel cherchant à tirer profit de ce boom technologique en développant son réseau d'infrastructures — bâtiments urbains, centrales à uranium, voies ferrées et lignes de transport d'énergie. La mécanique centrale repose sur une récupération d'actions fluide et continue : il n'existe ni rounds ni phases distincts, chaque joueur enchaîne ses actions à son rythme avant de les récupérer selon ses besoins. S'y ajoutent la gestion de contrats, l'optimisation des revenus et des objectifs de fin de partie tirés aléatoirement, tandis que des technologies asymétriques propres à chaque joueur offrent des pouvoirs uniques une fois débloqués — garantissant une rejouabilité remarquable.
Avec une complexité frôlant le maximum de l'échelle, Nucleum s'adresse résolument aux amateurs de jeux experts, ceux qui savourent des systèmes denses et interconnectés. Prévu pour une à quatre personnes à partir de 14 ans, une partie dure typiquement entre une et deux heures et demie selon le nombre de joueurs et leur familiarité avec ce type d'eurogame exigeant. L'expérience est tendue, cérébrale, portée par une richesse stratégique rare : une réussite saluée par la communauté internationale, qui lui accorde une note exceptionnelle au classement mondial des jeux de société.