Friedemann Friese, designer allemand reconnaissable à sa chevelure verte, a bâti sa réputation sur ce monument de la gestion économique paru au début des années 2000. Publié en France sous le titre Mégawatts par Matagot, ce jeu plonge les joueurs dans le rôle de magnats de l'énergie cherchant à alimenter en électricité un maximum de villes à travers un réseau qu'ils développent eux-mêmes. L'univers est résolument ancré dans l'industrie et les infrastructures, entre centrales à charbon, raffineries pétrolières, réacteurs nucléaires et, pour les plus prévoyants, parcs éoliens et panneaux solaires.
Le cœur du jeu repose sur une tension permanente entre trois axes stratégiques intimement liés. Les joueurs enchérissent lors d'une phase d'enchères pour acquérir des centrales électriques, construisent des liaisons entre les villes sur un plateau représentant un réseau routier réel, et s'approvisionnent en matières premières sur un marché dont les prix fluctuent selon la demande collective. L'ingéniosité du système tient à un mécanisme anti-leader savamment dosé : l'ordre du tour est inversement proportionnel à la taille de son réseau, et les meilleures centrales ne deviennent disponibles qu'une fois les anciennes rachetées — ce qui signifie que chaque achat ouvre involontairement des opportunités à ses adversaires. La moindre décision engage une chaîne de conséquences rarement anodines.
Prévu pour deux à six joueurs à partir de douze ans, Power Grid s'étale sur environ deux heures de jeu dense et réfléchi. Il s'adresse en priorité aux amateurs de jeux experts, friands de planification à long terme, de gestion de ressources et d'interactions économiques tendues. Son classement parmi les tout meilleurs jeux de société au monde témoigne de sa longévité exceptionnelle et de la richesse de son design, enrichi au fil des années par de nombreuses extensions cartographiques qui renouvellent chaque partie.