Andreas Seyfarth signe avec Puerto Rico l'un des grands classiques de la stratégie moderne, paru au début des années 2000. Le jeu plonge les participants dans la peau de gouverneurs coloniaux sur l'île antillaise éponyme, chargés de développer leurs plantations, de faire prospérer leur cité et d'expédier des marchandises vers l'Europe pour accumuler des points de victoire.
Le cœur du système repose sur un mécanisme de sélection de rôles particulièrement élégant : à chaque tour, le joueur actif choisit une carte rôle — Constructeur, Commerçant, Capitaine, entre autres — et tous les participants en bénéficient, mais celui qui l'a choisie jouit d'un petit privilège supplémentaire. Ce "suivez le meneur" crée une tension constante, car tout rôle délaissé accumule des doublons, rendant son choix futur plus attrayant. Les joueurs doivent donc jongler entre la gestion de leurs cultures, le recrutement de colons pour faire fonctionner bâtiments et plantations, et une économie fragile où chaque doublón compte. Subtilité appréciable : les jetons de points d'expédition restent cachés, si bien que personne ne connaît le score exact de ses adversaires jusqu'à la fin.
Puerto Rico s'adresse à un public de joueurs confirmés, à partir de 12 ans, pour des parties de deux heures environ réunissant trois à cinq personnes. L'expérience est résolument stratégique et compétitive, avec une profondeur remarquable qui récompense la planification à long terme autant que l'adaptation aux choix des autres. Le jeu a été récompensé par le prix Deutscher Spielepreis en 2002 et a longtemps trôné au sommet des classements mondiaux, une reconnaissance amplement méritée pour une œuvre qui a profondément influencé toute une génération de jeux de gestion.