Imaginé par Thierry Chapeau et édité par Gigamic, ce jeu abstrait français propose une expérience déceptivement simple qui dépasse largement ses apparences. On pense au premier abord au morpion — un joueur joue les croix, l'autre les cercles, et chacun cherche à aligner ses symboles —, mais la mécanique réserve bien des surprises.
Le plateau de jeu est une grille de cinq cases sur cinq, peuplée de vingt-cinq cubes dont les quatre faces latérales sont vierges, tandis qu'une face porte une croix et une autre un cercle. À son tour, un joueur saisit un cube vierge ou marqué à son symbole sur le pourtour de la grille, le fait pivoter pour afficher sa marque si nécessaire, puis le réintègre en poussant toute une rangée depuis l'un des bords. Ce glissement en chaîne est le cœur du jeu : chaque mouvement déplace plusieurs pièces à la fois, transformant progressivement un plateau neutre en un champ de bataille où les symboles se disputent chaque case. Tout l'enjeu consiste à construire sa propre ligne de cinq symboles — en orthogonal ou en diagonale — tout en déjouant celle de l'adversaire, parfois en retournant contre lui ses propres cubes bien placés.
Accessible dès huit ans, la partie se joue idéalement à deux, même si des variantes permettent d'accueillir jusqu'à quatre participants. En une petite quinzaine de minutes, on plonge dans une réflexion tactique légère mais réelle, idéale pour initier les plus jeunes à la stratégie abstraite ou pour glisser une partie rapide entre deux jeux plus lourds. La sobriété du matériel en bois et la prise en main quasi immédiate en font un classique discret des jeux de réflexion familiaux, indémodable depuis le milieu des années 1990.