Fruit de l'imagination du duo néerlandais Jeroen Doumen et Joris Wiersinga — fondateurs du légendaire studio Splotter Spellen — ce mastodonte de la gestion économique est paru à la fin des années 1990 et s'est depuis imposé comme une référence culte parmi les amateurs de jeux complexes. Son univers sobre, presque abstrait, plonge les joueurs dans la genèse d'une civilisation balbutiante : quelques ânes, des oies, du bois brut et des pierres pour seul bagage, et un monde à construire de toutes pièces.
Le cœur du jeu repose sur une logistique de transport poussée à son paroxysme. Sur un plateau modulaire recouvert d'une feuille de plastique transparent, les joueurs tracent eux-mêmes routes et ponts au marqueur effaçable, créant un réseau de circulation unique à chaque partie. Des convois d'ânes, de radeaux ou de camions sillonnent les hexagones pour acheminer des ressources vers des sites de production — mines, scieries, fonderies — qui permettent de fabriquer des biens toujours plus élaborés. Le twist vertigineux : vous ne possédez que ce que transportent vos unités. N'importe quel adversaire peut exploiter vos infrastructures ou subtiliser les marchandises abandonnées sur le terrain. La course à la richesse ultime — or, pièces de monnaie, certificats d'actions — se double d'une contribution au monument commun qui détermine la fin de la partie.
Conçu pour une à quatre personnes dès quatorze ans, une session exige en général quatre heures d'investissement, parfois davantage. Le jeu s'adresse résolument aux profils experts, friands de planification minutieuse, de dilemmes cornéliens et d'interactions indirectes mais redoutables. Son niveau de complexité hors norme (régulièrement cité parmi les jeux les plus exigeants du marché) en fait un défi quasi initiatique, mais la satisfaction d'une mécanique aussi cohérente et originale lui vaut une admiration durable dans la communauté des joueurs passionnés.