Signé Andreas Seyfarth, l'auteur derrière l'emblématique Puerto Rico, San Juan est paru en 2004 et s'impose comme l'adaptation en jeu de cartes de ce grand classique de la gestion coloniale. L'univers reste le même : on y bâtit une cité florissante dans les Caraïbes, entre plantations de café, de tabac ou d'indigo et bâtiments aux pouvoirs spéciaux, le tout contenu dans un deck de 110 cartes soigneusement illustrées.
Le cœur du jeu repose sur une idée élégante : chaque carte est à double usage, servant tantôt de bâtiment à construire, tantôt de monnaie pour financer une autre construction, tantôt de marchandise produite par vos plantations (posée face cachée). À chaque tour, les joueurs choisissent à tour de rôle un rôle — bâtisseur, producteur, marchand… — qui déclenche une action profitant à tous, mais avec un privilège réservé à celui qui l'a initié. Cette mécanique de follow, héritée de Puerto Rico et épurée ici à l'essentiel, génère une tension constante : quel rôle activer pour en tirer le meilleur parti sans trop avantager ses adversaires ? La partie s'achève dès qu'un joueur a érigé douze bâtiments, les points de victoire provenant exclusivement de ces constructions.
Accessible dès 10 ans pour une complexité mesurée, San Juan convient aussi bien aux joueurs intermédiaires qu'aux familles aguerries souhaitant un peu plus de mordant stratégique. À deux, trois ou quatre joueurs, une partie se boucle en quarante-cinq minutes à une heure, ce qui en fait une excellente option en début ou fin de soirée. L'expérience est tendue, réflexive, avec une rejouabilité solide grâce à la variété des bâtiments violets — un jeu de cartes économique qui n'a rien perdu de sa saveur vingt ans après sa sortie.