Fruit de la vision créative de Gordon Hamilton (alias Gord!), Santorini est paru dans sa forme moderne en 2016, après une première édition purement abstraite datant de 2004. Le jeu plonge les joueurs dans l'univers ensoleillé de la Grèce antique, sur l'île volcanique aux maisons blanches et bleues, avec en toile de fond le panthéon des dieux de l'Olympe. L'édition actuelle, saluée internationalement, se distingue par une production visuelle remarquable qui en fait autant un objet décoratif qu'un vrai jeu.
Le principe est d'une clarté désarmante : à chaque tour, on déplace l'un de ses deux bâtisseurs sur une case adjacente, puis on construit un étage sur une case voisine. Le premier joueur à hisser l'un de ses pions au troisième niveau d'une construction remporte la partie. Derrière cette règle d'une simplicité enfantine se cache pourtant une profondeur stratégique réelle, décuplée par les pouvoirs des divinités. Chacune des quarante cartes dieu ou héros disponibles — d'Athéna à Pan en passant par Minotaure — bouleverse en effet les règles de base et transforme radicalement l'expérience de jeu, ouvrant un espace de variations quasi infini.
Accessible dès 8 ans et jouable à deux, trois ou quatre joueurs (y compris en équipes), une partie s'expédie en une vingtaine de minutes — ce qui invite naturellement à enchaîner les manches. C'est là toute la force du jeu : il réconcilie sans effort les néophytes et les joueurs aguerris autour de la même table, en proposant des niveaux de lecture distincts. Familial par sa prise en main, stratégique dans ses entrailles, Santorini est l'un de ces rares jeux abstraits capables de séduire un public très large, des plus jeunes aux amateurs de combinatoires exigeantes.