Signé Vital Lacerda — l'architecte de monstres ludiques tels que Lisboa ou On Mars —, ce jeu paru en 2025 plonge les joueurs dans le New York des années folles, à l'époque de la Prohibition. Manhattan est sous la coupe de Lucky Luciano, parrain ambitieux qui a découpé l'île en districts confiés à ses lieutenants. C'est dans cette atmosphère de jazz clandestin, de trafic d'alcool et de corruption que se déroule cette épopée criminelle haute en couleur.
Chaque joueur incarne l'un de ces caïds et bâtit son propre empire de speakeasies — ces bars clandestins qui faisaient le sel de la décennie. Le cœur du jeu repose sur un placement d'ouvriers couplé à une gestion de main de cartes particulièrement exigeante : il faut acheminer de l'alcool de contrebande à travers la ville, embaucher des hommes de main, s'associer avec des mafieux extérieurs, voire attaquer des convois rivaux pour rafler des ressources précieuses. L'influence territoriale se gagne district par district, tandis que la police et la mafia nationale guettent ceux qui font trop parler d'eux. Falsifier ses livres de comptes pour renflouer ses coffres sans passer par le fisc fait également partie des stratégies disponibles — élégamment tordue, cette mécanique résume bien l'esprit du titre.
Conçu pour une à quatre personnes à partir de 14 ans, Speakeasy affiche une durée de partie qui peut s'étaler entre cinquante minutes et trois heures selon la configuration et la profondeur d'analyse des participants. Il s'adresse clairement aux joueurs experts, habitués des systèmes denses et imbriqués chers à Lacerda. Sa note exceptionnelle sur les classements spécialisés, dès sa première année d'existence, confirme qu'il s'impose déjà comme une référence incontournable dans la catégorie des jeux économiques et de contrôle de territoire.