Il y a quatre millénaires, sur les rives du Nil, s'élevait le temple d'Amon-Rê à Karnak — l'un des ensembles religieux les plus grandioses que le monde ait jamais portés. C'est dans ce cadre saisissant que Daniele Tascini (connu notamment pour Tzolk'in et Teotihuacan) et Dávid Turczi ont imaginé ce jeu de stratégie sorti en 2020, édité en français par Pixie Games. Les joueurs y incarnent des pharaons rivaux qui contribuent à l'édification du complexe sacré en honorant six divinités égyptiennes : Horus, Rà, Hathor, Bastet, Thoth et Osiris.
Au cœur du plateau trône un obélisque qui projette son ombre sur le jeu entier, divisant les six zones d'action en sections ensoleillées, ombragées ou plongées dans le noir. C'est là que réside la mécanique centrale : à chaque tour, les joueurs draftent des dés colorés dont le statut — Pur, Souillé ou Interdit — dépend directement de la position de l'ombre. Choisir un dé, c'est déclencher une action liée à un dieu, ou produire des ressources en prenant garde de ne pas tomber dans la Cupidité. Car tout excès de production souille votre balance, et la déesse Maât veille : à chaque phase de décompte, l'équilibre entre actions Pures et Souillées influence directement l'ordre du tour et les points gagnés. Construire ateliers, carrières, statues et piliers exige ainsi une planification rigoureuse, plusieurs tours à l'avance.
Accessible dès 14 ans mais clairement destiné aux amateurs de jeux experts, Tekhenu réunit de un à quatre joueurs autour d'une table pour des parties de une à deux heures. L'expérience est dense, tendue, presque mathématique : chaque décision s'enchaîne dans un subtil équilibre entre opportunisme et rigueur stratégique. Un titre ambitieux, à réserver aux joueurs aguerris qui ne redoutent pas de jongler avec plusieurs systèmes imbriqués à la fois.
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