Signé par le duo néerlandais Jeroen Doumen et Joris Wiersinga — les fondateurs du légendaire studio indépendant Splotter Spellen — ce jeu paru en 2012 plonge les joueurs dans l'Afrique ancienne, sur les terres des royaumes qui gravitaient autour du Great Zimbabwe, site du patrimoine mondial situé en Afrique australe. Le thème revendique une filiation historique assumée : contre les récits coloniaux qui refusaient d'attribuer à une civilisation africaine des monuments d'une telle splendeur, le jeu célèbre cet héritage culturel tout en se permettant des libertés créatives propres à l'univers Splotter.
Chaque joueur incarne un chef tribal qui choisit de vénérer l'une des douze divinités disponibles. Ce choix est le cœur stratégique de l'expérience : chaque dieu offre un avantage unique, mais impose en retour un objectif de victoire différent — certains sont plus accessibles, d'autres exigent une performance bien plus ambitieuse. Pour honorer son dieu, il faut élever des monuments, ce qui nécessite de construire un réseau logistique, de développer des artisans, de collecter des ressources rares et d'acheter des technologies lors d'enchères tendues. La contrainte fondamentale est implacable : une seule action par tour. Chaque décision pèse donc lourd, d'autant que l'économie du jeu fonctionne en vase quasi-fermé et que les ressources naturelles s'épuisent inexorablement.
Ce titre s'adresse à un public de joueurs experts, aguerris aux systèmes économiques complexes et à la négociation implicite propre aux jeux Splotter. Pour deux à cinq participants dès quatorze ans, une partie dure typiquement entre une heure et demie et deux heures et demie. L'expérience est dense, tendue, d'une rejouabilité remarquable grâce à la combinaison modulaire des dieux, des ressources et du plateau. C'est un jeu de course où chacun fixe lui-même la hauteur de la barre à franchir — avant que les autres ne viennent tout bousculer.