Signé Kevin Bishop et paru en 2017, The Shipwreck Arcana plonge ses joueurs dans un monde englouti, cerné par un destin funeste. L'univers mystique et vaguement ésotérique du jeu sert avant tout de cadre à une expérience de déduction pure : chaque participant incarne un naufragé cherchant à prédire le sort de ses alliés grâce à un tarot de cartes aux propriétés singulières.
Le principe repose sur une contrainte aussi simple que redoutable : le joueur actif ne peut pas communiquer avec ses coéquipiers pendant son tour. Il doit pourtant leur transmettre suffisamment d'informations en choisissant où poser sa tuile numérotée sur les cartes en jeu — chacune obéissant à des règles strictes qui en filtrent les valeurs acceptables. C'est dans ce silence calculé que réside toute la tension déductive : les alliés doivent déduire le chiffre caché non seulement d'après les placements effectués, mais aussi, et surtout, d'après les placements délibérément évités. Au fil de la partie, les cartes saturées s'effacent et libèrent des pouvoirs ponctuels, tandis que de nouvelles cartes viennent renouveler les possibilités de communication indirecte.
Proposé à deux à cinq participants dès douze ans, le jeu se boucle en dix à trente minutes selon le niveau du groupe, ce qui en fait une excellente mise en bouche ou une fin de soirée bien menée. Accessible en complexité mais redoutablement stimulant intellectuellement, il convient aussi bien aux amateurs de casse-têtes logiques qu'aux adeptes de coopération tendue. Le fait que le rôle de joueur actif tourne à chaque tour évite habilement le syndrome du « joueur alpha » qui dicte la stratégie à ses coéquipiers — une attention au design collectif qui distingue ce petit titre compact des jeux coopératifs plus classiques.