Considéré par beaucoup comme le chef-d'œuvre de Reiner Knizia, ce monument du jeu de stratégie abstrait nous plonge dans le Croissant fertile de l'Antiquité, là où les civilisations naissent et s'affrontent entre le Tigre et l'Euphrate. Publié en 1997 et disponible en français chez Matagot, il fait partie d'une trilogie informelle de jeux de pose de tuiles signée Knizia, aux côtés d'autres titres tout aussi exigeants. L'univers évoque les grandes cités mésopotamiennes, leurs temples, leurs champs et leurs marchés — un décor à la fois familier et dépaysant.
Le cœur du jeu repose sur un placement de tuiles astucieux, par lequel chaque joueur développe sa civilisation en déployant quatre dirigeants représentant l'agriculture, le commerce, la religion et le gouvernement. Chacun de ces chefs collecte des points de victoire dans sa catégorie respective. Mais voilà la subtilité qui distingue ce titre de tous les autres : votre score final est déterminé par votre catégorie la plus faible. Impossible donc de tout miser sur un seul domaine — il faut progresser sur tous les fronts à la fois. La tension monte encore lors des conflits : quand deux civilisations se rejoignent sur le plateau, un affrontement externe éclate, et un seul dirigeant de chaque type peut survivre. Des conflits internes permettent également de renverser un chef au sein d'un même royaume, ajoutant une couche supplémentaire de calcul et d'anticipation.
Tigris & Euphrates s'adresse à deux, trois ou quatre joueurs à partir de 14 ans, pour des parties de une à deux heures généralement bien remplies. Son niveau de complexité élevé en fait clairement un jeu pour joueurs confirmés, amateurs de stratégie profonde et de décisions cornéliennes. L'expérience est tendue, cérébrale, souvent impitoyable — et particulièrement savoureuse pour ceux qui aiment les systèmes de scoring originaux et les retournements de situation. Un classique intemporel qui n'a rien perdu de son mordant.