Signé par le trio belge Sébastien Dujardin, Xavier Georges et Alain Orban, ce jeu expert sorti en 2010 nous plonge dans la cité champenoise de Troyes — à prononcer « trois » pour les non-francophones — au cœur de quatre siècles de son histoire médiévale. Publié notamment par Asmodee, ce titre a su s'imposer comme une référence du jeu de stratégie à l'européenne, alliant gestion économique et influences politiques dans un cadre historique richement évocateur.
Le cœur du système repose sur une mécanique de dés particulièrement originale : chaque joueur commande une part de la population de la ville, représentée par une armée de dés colorés, répartis selon trois sphères d'influence — religieuse, militaire et civile. Ces dés sont lancés, puis assignés à des actions variées : avancer la construction de la cathédrale, repousser les événements funestes qui frappent la cité, ou s'agiter dans les rues pour grappiller quelques avantages. La subtilité tient à la possibilité de « débaucher » les ouvriers adverses en leur versant quelques deniers, s'offrant ainsi leur travail au détriment de leurs propriétaires. Les points de victoire restent secrets jusqu'au décompte final, ce qui entretient une tension permanente sur l'état réel des forces en présence.
Troyes s'adresse à un public de joueurs avertis, à partir de 12 ans, et se joue de deux à quatre participants — les éditions récentes proposant également une variante en solo. Une partie dure en moyenne 90 minutes, un format qui laisse le temps d'apprécier la profondeur des interactions sans s'éterniser. L'expérience est typiquement celle d'un jeu de stratégie expert, dense et calculatoire, mais jamais austère grâce à la fluidité narrative qu'insuffle son thème. Sa place stable parmi les grands classiques du genre confirme l'excellence d'une conception qui n'a pas pris une ride.